Nous avons notamment appris que jusqu’en 1946, les kanaks n’avaient pas le droit de sortir des réserves. Et oui, il y avait des réserves pour eux dans leur propre pays que nous, les français, avons colonisé !! à un moment, ils avaient même moins de place que les vaches qui elles foulaient leurs terres sacrées. Aller à l’école publique n’a été possible qu’a partir de ce moment la ; le droit de vote n’a ete acquis que plus tard.
Nous avons commencé par rendre visite au pasteur Pierre Xowie et sa femme Wama dans la tribu de Poté, à coté de Bourail.

Là, nous avons pour la première fois « fait la coutume ». C’est un aspect très important de la culture kanak. Quand nous entrons dans un foyer, il s’agit de se présenter, d’expliquer ses intentions. C’est le rôle de l’homme de faire la coutume. Olivier demande l’hospitalite, dit quand nous comptons repartir et exprime son respect pour la maison qui nous accueille, la terre et les personnes qui y habitent. Il montre aussi son respect pour les personnes qui y ont habité et les générations futures. Dans la culture kanak, la terre n’appartient pas à quelqu'un mais au génération passées et futures. Nous accompagnons ce discours de la remise d’un billet de banque et d’un morceau de tissu, ce qui est le symbole du geste coutumier. On dit « faire le geste ». En respectant cette coutume, nous avons appris à l’apprécier. En se présentant de cette manière, le rapport entre nous et la personne que nous rencontrons est plus direct, franc et simplifié. Celui qui reçoit le geste accepte de nous héberger sous son toit et de prendre soin de nous jusqu’à notre départ. C’est une façon pour nous de montrer que ce n’est pas un simple bonjour ou une simple visite car c’est un geste fort qui est hérité d’une longue tradition de respect mutuel.
Le pasteur Pierre et sa femme nous ont rendu cette première coutume plus aisée. Puis ils ont eu à cœur de nous apprendre les gestes essentiels de la vie kanak. Olivier a ainsi appris à râper des cocos, ce qui est le travail des jeunes garçons. Cécile a épluché des ignames, ce qui est le travail des femmes. Nous avons aussi été dans les champs pour connaître la culture de l’igname, du manioc et du taro. Ces plantations constituent une base importante de l’alimentation des familles kanak vivant en tribu.

Et nous avons passé notre première nuit dans une case !!! Qu’est ce qu’on a bien dormi !!
La case est très importante dans la culture kanak. C’est le symbole même de la tribu. Le poteau central, sur lequel s’appuie toute la structure, représente le grand chef. Les poteaux principaux qui soutiennent la charpente, les chefs de clan. Tous les autres poteaux représentent les membres du clan. Ils sont reliés entre eux par des traverses. L’ensemble est lié par des lianes. Ensuite la charpente est recouverte de paille ou de feuilles de cocotier. Ainsi tous les éléments sont liés entre eux et si l’un d’eux manque, la case s’effondre. Chacun a donc son rôle à jouer et sa place à tenir. Pour construire une case, tout le monde participe, les jeunes, les vieux, les hommes, les femmes. C’est un sacré travail qui implique toute la tribu.
Pour entretenir la case, il faut faire du feu dedans tous les jours. Cela consolide la paille, fait durcir le bois et les lianes et fait fuir les petits insectes qui se réfugient dedans. En hiver, la case retient la chaleur du feu. En été, elle reste fraîche. Il faut aussi savoir qu’une case peut résister aux cyclones. Les anciens avaient donc créé une habitation parfaitement adaptée aux conditions de leur environnement.
C’est à regret que nous partons en laissant notre première famille. Mais nous convenons de repasser à la fin de notre boucle autour de la grande terre !
Ensuite, l’étape suivante a été Doneva, à coté de Houaïlou.

C’est le premier poste où les parents de Cécile ont été affectés. Pour y aller, il faut traverser la chaîne montagneuse. Il y a 25 ans, quand la maman de Cécile était enceinte, la route était une piste en terre affreuse. Il fallait au moins une journée pour atteindre Nouméa. Pour éviter d’accoucher en chemin, la maman de Cécile avait même fait la route 15 jours avant le terme de sa grossesse. Nous, nous sommes passés en Twingo avec beaucoup de facilité car la route est excellente. Et en plus il y a des points de vue splendides sur les montagnes. A Doneva, nous sommes accueillis par le directeur du lycée agricole, Thomas Carlen, sa femme Loako et leurs enfants. Cécile peut ainsi retourner dans la maison où elle a habité petite !!!

Doneva est un lieu d’enseignement qui a été créé il y a un peu plus de 100 ans par le pasteur Leenhart. A l’époque, il était révolutionnaire de permettre aux kanaks d’accéder à l’éducation. Depuis l’idée a fait son chemin, non sans heurts. Actuellement Doneva fait partie de l’Alliance Scolaire et propose un primaire, un secondaire et un lycée d’enseignement agricole.

Les résultats obtenus sont même cités en exemple au niveau de la Nouvelle Calédonie. La plupart des cadres kanaks d’aujourd’hui sont d’ailleurs d’anciens élèves de Doneva. A ce propos, tout au long de notre parcours, nous avons appris que les collèges et lycées de l’Alliance Scolaire ont de meilleurs résultats que les établissements publics. D’ici peu, l’enseignement secondaire en Nouvelle Calédonie fera partie des compétences assumées par les 3 Provinces. Une réflexion est donc menée pour définir les statuts et les méthodes du futur enseignement secondaire. L’Alliance Scolaire a un rôle important à jouer au vu des résultats obtenus par ses élèves.
Le deuxième soir à Doneva, nous avons été hébergés par Camen Citré et sa fille Elodie. Kamen est à la fois enseignante et directrice de l’école primaire de Doneva. Kamen nous a fait prendre conscience du problème des langues pour les enfants kanaks. En effet, les tribus ont des langues vernaculaires différentes les unes des autres. Un enfant apprend donc normalement sa langue maternelle, la langue de la tribu, jusqu’à l’age de 6 ans. Mais pour permettre une meilleure intégration des enfants, les parents préfèrent leur parler en français au détriment de la langue vernaculaire. Or, pour les parents, le français est une langue apprise mais pas forcément parfaitement maîtrisée.
Dans le mécanisme de l’apprentissage de sa propre langue, il y a une phase d’assimilation. Ensuite, à l’école, on apprend comment la langue est construite. Ce sont les cours de grammaire, d’orthographe, de conjugaison…. Une fois que « l’architecture » de la langue est comprise, on peut alors s’attaquer aux langues étrangères. Ici, en Nouvelle Calédonie, les enfants arrivent à l’école sans maîtriser ni le français ni la langue de la tribu. Ils ont donc du mal à apprendre les règles de la langue française. Comme l’enseignement se fait uniquement en français, imaginez comme ils doivent se sentir perdus.
Nous avons observé un autre phénomène quand Cécile dessinait les enfants. La langue de la tribu de chacun se perd. C’est une perte de repère. Voici le genre de discussion que Cécile a eu :
- eh madame, moi je sais parler le Lifou et pas lui c’est un gros nul, faut pas le dessiner.
-c’est pas vrai d’abord je comprends très bien le Maré parce que ma mère elle est de Maré.
- vas- y dis moi « je vais baigner » en Maré !
-euh…. non, mais en fait je comprends mais je ne sais pas bien prononcer…
à ce moment Cécile les interrompt :
- comment je fais moi,j e suis encore plus nulle, je ne sais pas parler ni Lifou ni Maré !
-oui, mais vous vous savez dessiner alors ça va.
La logique des enfants…..est quand même cruelle !
A nouveau, nous repartons. Cette fois-ci nous allons sur la côte est.
A Poindimié, nous rendons visite à Jacob Gorodite. C’est son frère Willy qui nous guide jusqu’à l’atelier où Jacob travaille. Jacob est sculpteur. Il nous parle avec passion de son métier. Dans la culture kanak, les rêves indiquent le métier que l’on fera. La sculpture de Jacob est très reliée à la culture kanak car il utilise les grands symboles kanaks. La case est omniprésente, c’est le symbole même de la tribu. La toutoute, ou conque, également car elle sert à rassembler tous les membres de la tribu. Le visage des anciens est aussi beaucoup représenté. Jacob nous a montré quelques unes de ses œuvres. Il en a conservé beaucoup chez lui car il n’arrive pas à les vendre. En effet, il y est très attaché car il sculpte avec tout son coeur. Il préfère donc réaliser des commandes pour pouvoir ensuite les laisser partir.
Nous avons aussi fait la connaissance de sa maman, une des sœurs de Billy. Nous avions prévu de rester un petit moment mais finalement nous sommes repartis plus tard que prévu et avec 2 flèches faîtières magnifiques en cadeau.
Nous sommes donc arrivés à la nuit tombée dans la tribu de Ouadjik à coté de Hienghène, chez une nièce de Billy, Sélan Luepak. Nous sommes surpris de voir que toute la tribu est encore debout. En fait, c’est un village catholique et le mois de mai est consacré à la vierge Marie. Pendant tout ce mois, la tribu vit ensemble. Il y a des groupes pour réaliser en commun toutes les activités : pêcher, cultiver les champs, cuisiner etc… nous nous régalons donc de sardines grillées en discutant avec Sélan et son copain Jean-Cyril.
Le soir, nous avons dormi dans la case de « passage ». ici, il y a une villa et autour des petites cases pour les différents membres de la famille. De cette façon, la famille vit au même endroit et l’intimité de chacun est préservée. Notre case nous a bien étonnés. A l’extérieur, c’est une case tout à fait traditionnelle mais à l’intérieur… il y a d’abord un pied de batterie car les beaux-frères jouent dans un groupe de musique. On aurait pu le deviner car il y a des posters de Bob Marley accrochés au mur. Il y a aussi une TV et un lecteur de DVD. Et ce qui nous a le plus surpris…une armoire à glace. Nous sommes vraiment à la croisée des chemins entre les traditions et la modernité !!!
A Hienghène, le paysage est tout simplement époustouflant. Les plages sont magnifiques. Le sable est tellement blanc qu’il nous aveugle. La poule de Hienghène est une formation rocheuse remarquable.

Pas étonnant que les touristes s’y précipitent. Il y a notamment des paquebots qui font escale ici. Le tourisme est d’ailleurs une ressource essentielle pour les tribus locales.
La route jusqu’à Poum, tout au nord de la Grande Terre longe dans un premier temps le littoral. Il y a de magnifiques cascades. Nous avons aussi pris le bac de la Ouaième. Ensuite, nous avons suivi une route au milieu des montagnes. Là, c’était vraiment désertique et très sauvage. Nous avons même cru que nous nous étions perdus !!!
A Poum, Billy nous avait prévu une visite chez Marcel Menaouer qui est le directeur du collège de Poum. Marcel a eu la gentillesse de nous emmener en bateau sur un îlot désert. Il nous a déposé sur l’îlot Mouac à 8h et est revenu nous chercher à 15h. Et c’est passé trop vite !!! Ce n’est pas tous les jours que nous pouvons être sur un îlot pour nous tous seuls !!!
Cet îlot sert aussi d’escale à des paquebots. Et nous avons compris pourquoi : la plage est bien blanche, la mer d’un bleu magnifique. Regardez donc cette photo de rêve :

En plus, on peut observer plein de poissons multicolores, uniquement avec un masque et un tuba. Nous avions emprunté les siens au proprietaire du camping de Poum.
Le soir, Marcel nous a invité à boire notre premier kawa. C’est une macération de racines. La recette est originaire du Vanuatu voisin. Le goût est tout simplement infect, en plus ça anesthésie la bouche. En mâchant un chewing gum pour faire partir ce goût horrible, Olivier a perdu un plombage. Cette décoction à pour but de détendre les gens. A l’origine, elle est servie pour des cérémonies, mais maintenant elle s’est démocratisée. Il y a des bars à kawa qui ouvrent un peu partout en Nouvelle Calédonie. Pour nous, ce qui nous a le plus plu, c’était de voir le coucher de soleil sur la mer tout en discutant de sujets passionnants avec Marcel.
Marcel connaît sa région par cœur. Il nous a indiqué de nombreux points de vue, tous plus grandioses les uns que les autres. Malheureusement, la région n’est pas mise en valeur. Comme il y a des mines de nickel qui rapportent beaucoup d’argent, le tourisme n’y est pas développé. C’est moins rentable et plus difficile que d’être embauché à la mine ! Marcel nous a fait visiter cette mine.

Marcel s’investit beaucoup dans son collège. Il a mis en place des projets comme le ramassage des canettes en aluminium le long des routes. C’est un des problèmes de la Nouvelle Calédonie. Depuis Olivier réfléchit pour trouver un débouché à ces canettes afin qu’elles soient non plus un déchet mais une ressource. Ainsi elles pourraient être recyclées au lieu de polluer les bords de route !
Quand les enfants arrivent en 6ème, ils doivent suivre leur scolarité en français. A cela se rajoute l’apprentissage de l’anglais. Et ils doivent encore en plus apprendre une langue vernaculaire. X langues vernaculaires existent sur la Grande Terre. Seulement 4 sont reconnues par l’Etat et enseignées à l’école. Pour les enfants de Poum, la langue qui leur est enseignée n’est pas celle qu’ils entendent dans leur tribu. En plus il y a différentes langues parlées par les élèves du collège. Certains viennent même des îles Bélep. Le passage en 6ème qui est déjà difficile en France est donc encore plus compliqué pour les élèves kanaks.
De Poum nous avons suivi la côte ouest pour aller à Koné. Là, Albert Sio nous a accordé 1h de son temps. Il est le directeur du departement de la culture et du développement de la province nord et …un ancien eleve du papa de Cecile. C’est a ce titre qu’il nous recoit et a la demande de Billy Wapotro.
Nous avons pu discuter avec lui du projet de développement de la zone Voh Koné Poembout autour de la future mine de nickel de Koniambo. C’est un sacré défi lié au rééquilibrage économique des provinces. Il s’agit de gérer l’arrivée massive d’une population internationale dans une zone qui était jusqu’à présent très peu développée. La population de cette zone va au moins doubler en 4 à 5 ans. Cela va interférer avec le rythme de vie des tribus locales. Il va donc obligatoirement y avoir un choc culturel sans précédent.. Comment faire pour inciter les kanaks à rester sur leurs terres tout en leur permettant de trouver un travail lié à l’activité de l’usine ? Le plus dur sera de prévenir un exode rural prévisible. Il y a donc actuellement tout un travail de réflexion et de dialogue avec les acteurs locaux.
En plus, comment occuper tous ces gens de différents horizons ? Il faut donc prévoir des logements, des installations sportives, des activités culturelles. Il faut aussi gérer et anticiper l’approvisionnement en eau, la gestion des déchets…bref un sacré travail où tout doit être inventé et où la marge d’erreur est faible. Le risque est de se retrouver dans 10 ans avec un désastre écologique, économique et humain ! Albert Sio et son équipe travaillent durement et observent ce qui s’est passé ailleurs pour ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Une des actions menées est le centre culturel provincial de Koné. Là, Sonia Meuret Kondolo, la directrice, nous accueille. Un des buts du centre culturel est de faire connaître la culture à tous. Pour cela, ils ont créé des manifestations qui se déplacent dans toute la province nord. Par exemple, il y a le mois du conte où une troupe d’acteurs raconte des histoires à la fois dans les salles de spectacle et à la fois en tribu. Il ne s’agit pas seulement de spectacles liés à la culture kanak. Pour ouvrir les horizons et toucher un public plus large, les autres cultures sont aussi représentées. Le centre est encore jeune mais commence à se faire connaître. C’est un bon moyen pour sensibiliser les gens à la diversité des cultures et à la tolérance.
A Koné, nous avons aussi rencontré Billy fils. Il travaille à l’Ifremer, sur l’élevage des crevettes. Nous avons pu visiter tout le laboratoire d’analyses et l’ensemble des installations et rencontrer ses collègues. C’était très agréable de discuter avec quelqu'un de notre âge. Nous nous sommes rendus compte que ce n’est pas facile de vivre entre 2 modes de vie différents. Billy a fait ses études en France. Il connaît donc bien le mode de vie français. Mais il est également kanak. Il se retrouve donc partagé entre 2 façons de vivre. La vie communautaire en tribu implique des responsabilités face à l’ensemble de la tribu. En plus, il est le fils aîné donc il doit hériter des droits et des devoirs de son père. Sa place et son rôle sont dans un sens déjà définis. Mais en contrepartie, il est assuré de la solidarité de toute la tribu et de toute la famille. De l’autre coté, il y a le mode de vie européen où il a pu goûter aux joies de l’anonymat. Il a aussi découvert la notion d’individu, de choix personnel. Mais il a aussi été confronté au racisme des gens, aux yeux desquels il est différent.
Dans un cas comme dans l’autre, il faut faire ses preuves. Maintenant, il se retrouve à devoir inventer un nouveau mode de vie qui lui permettra de mixer ces deux modes de vie, sans être déchiré entre l’un ou l’autre. Et dans cette interrogation, nous nous sentons extrêmement proche de lui. Nous aussi nous sommes en train de goûter à plein de modes de vie différents, à la liberté totale !!! Et il nous faudra revenir en France et inventer notre propre mode de vie ! La tache nous semble difficile mais nécessaire.
à Bopope, au milieu des montagnes, nous avons rencontré Téhié Haochas. C’est un enseignant à la retraite qui continue à travailler pour l’Alliance Scolaire. Pour lui, les enfants vont beaucoup trop tôt à l’école. Il aimerait qu’ils restent dans leur tribu jusqu’à 6 ans. Cela leur laisserait le temps de bien maîtriser le langage de leur tribu et les règles de fonctionnement de la vie en tribu. Ensuite, ils seraient plus à même d’apprendre le français. Cette remarque nous fait beaucoup réfléchir sur l’intérêt de mettre si tôt les enfants à l’école. Pourquoi les priver si petits de leur liberté ?
sur la route nous faisons encore du tourisme, en nous arretant a la baie des tortues

10 jours se sont déjà écoulés. Nous retournons avec grand plaisir voir le pasteur Pierre et Wama dans la tribu de Poté. Nous partageons un repas et nous allons ensuite déterrer un igname et un manioc, cueillir des chouchoutes et des feuilles de choux kanak.

Puis c’est le départ et notre retour sur Nouméa. nous passons une journee entiere au centre culturel tjibaou dont l architecture est remarquable
le moaka nous a aussi beaucoup impressionne. c est le symbole de la reconciliation entre deux cultures, et le symbole de la volonte commune d aller de l avant, dans le respect mutuel.
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