Pour aller de Jaipur à Agra, nous avons pris le bus comme à laccoutumée. Sauf que cette fois-ci, cest un bus de luxe. Un petit garçon indien de 8 ans est assis sur le siège de lautre côté du couloir, avec sa maman. Une fois que la nuit est tombée, il trouve le courage de parler avec Olivier. Dabord, il lui propose des bonbons. Dans un anglais hésitant, il se présente et veut absolument échanger son adresse contre la notre. Il faut sortir la lampe frontale et écrire malgré les cahots de la route. Toutes les 5 minutes, il tapote du bout du doigt le bras dOlivier, jusquà ce quil lui réponde.
- Tu viendras chez moi ?
- Dabord il faut demander à ta maman si elle veut bien nous inviter.
Conciliabule en hindi. La maman nous fait signe quelle est daccord assorti dun grand sourire.
- bon, demain tu viens chez moi. Il y aura ma maman, mon papa, ma mémé, mon tonton. Et tu viendras avec ta femme.
- Jappelle demain
5 minutes plus tard, tapotis sur le bras
- A quelle heure, tu viendras dis ?
- Je verrai avec ta maman
5 minutes après, re-tapotis du bout du doigt.
- Tu appelles demain et ensuite tu viens dans ma maison.
Cela dure comme ça pendant 2h30. Olivier rit beaucoup à chaque tapotis.
Le lendemain nous visitons le fort rouge dAgra. Il est vraiment superbement décoré. Le marbre des bâtiments est incrusté de pierres semi précieuses qui dessinent des motifs. Il y a aussi des incrustations de miroirs. Le blanc du marbre contraste joliment avec le rouge-rose du grés. La sophistication des incrustations alterne avec la sobriété des murs rouges. Nous aimons beaucoup.
Comme promis, nous appelons Seema, la maman de Marana. Elle nous invite chez elle. Nous convenons de venir à 19h afin dassister au coucher de soleil sur le Taj Mahal. Nous allons le voir depuis un jardin. Cest magnifique. Le mausolée blanc se pare de rose puis dorangé et pour finir de bleu. Demain on ira le voir de plus près
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Après 1h de rickshaw, et après avoir fait 10 fois le tour du quartier en demandant notre route à chaque passant et dans chaque boutique, nous trouvons enfin la bonne maison.
Quand nous arrivons chez nos hôtes, cest la fête. Marana est ravi, sa mère aussi. Ils nous installent dans une chambre et nous amènent du thé. Seema saffaire en cuisine. On va la rejoindre. Cest beaucoup plus facile de faire connaissance dans une petite cuisine. Elle nous explique sa recette de curry et nous apprend à faire du riz pilaf. En 15 minutes, un repas végétarien savoureux est prêt.
Entre-temps, Marana avait entraîné Olivier sous une grande tente montée dans la rue pour célébrer un mariage : Là, tout plein de personnes sont réunies, les femmes chantent et dansent, il y a une caméra vidéo digne des meilleurs professionnels. Puis, dun seul coup, cest la ruée vers le buffet, je suis présenté à la grand-mère qui doit rester encore un peu au mariage, et trouve quand même le temps de me donner une assiette remplie de nourriture. De son côté, Marana veut absolument que je prenne un café, je finis par accepter et il est très bon. Il en boit aussi un et se brûle un peu la bouche car cest très chaud, je me rends bien compte que cest un enfant qui essaie de jouer au grand. Cécile me rejoint, avec Seema, quelques instants. Puis, Seema veut que nous revenions chez elle, cest elle qui nous a invité après tout. Et elle na pas envie de nous partager, manifestement. Juste en partant, je me retrouve à parler dans un espace confiné avec un indien de catalogne, dans un mélange danglais, despagnol et desperanto !!!!!!!
Puis nous voilà de retour à la maison. On mange tous les deux confortablement installés sur un matelas spécialement sorti pour nous. Toute la famille nous regarde et se réjouit de nous voir nous régaler. La grand-mère, revenue du mariage, est particulièrement heureuse et semble bénir ce jour de notre venue dans sa maison. Un peu après, Marana sort ses cahiers de classe, et je fais la lecture de ses cahiers à sa grande fierté. Jai droit de lire tous les livres de son cartable, un par un. Puis, il sort un jeu de carromen miniature avec des piles de jetons en vrac et nous commençons à jouer très sérieusement.
Pendant ce temps là, lhomme qui était venu récupérer Seema et Marana dans le bus, rentre à la maison, senferme dans une pièce, boit une petite bouteille de whisky, et commence à discuter avec Cécile et Seema. Au bout dun moment, Cécile a un peu de mal en anglais et lhomme est de plus en plus inquisiteur et la met mal à laise. Je me joins à la conversation. En fait, il possède un business de chaussures, il est courtier en bourse et investit les profits dans des constructions immobilières de son cercle damis. Cela fait beaucoup pour un seul homme, il nous semble
il insiste sur le fait quil a beaucoup beaucoup dargent. De plus, il veut absolument faire du business avec nous et nous avons beaucoup de mal à lui faire comprendre que nous ne sommes pas qualifiés pour ça et que ça ne nous intéresse absolument pas. Là dessus, vient se rajouter le frère de Seema, qui a une bonne tête gentille. Il est convaincu que la France est un pays de cocagne. Il veut à tout prix venir travailler en France, il fera tout ce que nous voulons. Nous sommes encore plus mal à laise, avec limpression de devoir « adopter » le frère. Nous essayons de proposer de laccueillir en France pour laider mais il lui faudra obtenir les visas de travail et ce nest pas facile. Lhomme pressé répond que ce sera fait en un claquement de doigts de sa part
Vraiment, nous avons une piètre impression de cet homme. Il finit par partir comme il est arrivé, en coup de vent, avec ses 2 portables qui sonnent en même temps et sans dire au revoir à qui que ce soit.
Comme il se fait tard, nous demandons à nos hôtes la permission de partir. Ils nous emmènent en scooter et moto jusquà la grosse route la plus proche pour trouver un rickshaw qui nous ramenera chez nous. Ils négocient le prix de la course et éconduisent un conducteur éméché. Ils nous bénissent encore plusieurs fois. Le frère baise même mes pieds. Puis ils nous disent enfin au revoir car nous nous sommes engagés à revenir le lendemain.